Je
vous dis d’abord mon plaisir à la pensée de reprendre le fil de nos
conversations entreprises il y a maintenant un an. J’espère que l’été a
été un moment heureux pour vous et vos proches, et si ce n’a pas été le
cas, que la force de traverser les difficultés vous ait été donnée. Le
prochain courrier vous proposera de nouvelles rencontres en ligne.
Celui-ci a un autre but. Il vous informe d’une entreprise que nous avons
commencé à mener, Christine Pedotti et moi-même.
Pour
cela, il faut un peu remonter le temps. Il y a un an, à la suite du
Rapport Sauvé sur les abus dans l’Église catholique, nous avons toutes
les deux lancé une pétition dont je vous avais informé et que nombre
d’entre vous ont signée. Cette pétition envisageait de constituer une
« maison fiable, une maison où les enfants et les femmes sont en
sécurité, où les consciences sont respectées, où la liberté est
protégée ». Vaste entreprise, à la hauteur à la fois du désastre des
abus, et de ce que nous sommes en droit d’attendre de l’Église de
Jésus-Christ… Mais comment procéder ? Quelle doit être la première
pierre de ce projet ?
Un
jour de printemps, nous nous sommes rencontrées, « au vert », pour y
réfléchir et, dans une sorte de mini retraite étalée sur plusieurs
jours, nous en avons longuement discuté ensemble. Comme beaucoup d’entre
vous sans doute, nous avons été saisies par la désespérance actuelle.
Bien sûr, au-delà de la sphère catholique, et même chrétienne, c’est
toute la société qui est affligée et la manière dont elle le fait savoir
dit bien l’ampleur du dommage. Parfois cela se traduit par une violence
déroutante, parfois au contraire dans le silence, par l’abstention
électorale et le repli identitaire.
Ce
désarroi, abyssal, devant les nombreux fléaux du moment que sont en
particulier le retour d’une guerre à nos portes, l’ampleur de la crise
écologique, la montée de régimes autoritaires, interroge profondément le
christianisme. A-t-il encore quelque chose à dire aux hommes et aux
femmes d’aujourd’hui ? Peut-il répondre à la profonde actuelle crise de
l’espérance ? Si la question provoque en priorité les chrétiens qu’elle
oblige à « rendre compte de l’espérance qui est en eux », elle l’est
aussi pour toute personne en quête de sens.
Comme
beaucoup d’entre vous, nous croyons que le christianisme est une
proposition crédible, bonne, et surtout humanisante. Il nous paraît
essentiel de le rappeler, en nous tenant à bonne distance des
préoccupations de réforme institutionnelle qui actuellement occupent
beaucoup les esprits, parfois au détriment du message lui-même. Et nous
sommes toutes les deux convaincues que si nous ne puisons pas à
la source jaillissante du christianisme, si nous ne redevenons pas comme
des premiers chrétiens, nous serons les derniers. Á condition,
bien sûr, de retrouver la puissance originelle du message et d’en
adapter l’expression à la culture de nos sociétés, à nos modes de
pensée, et nos urgences, en particulier face à la menace climatique mais
aussi devant les grands bouleversements du monde.
Le
chantier est très vaste et pour le mener, nous pensons que le moment
est venu de créer un lieu de réflexion et d’échanges sur les fondements
du christianisme et sa viabilité dans le monde actuel. Ce serait un lieu
virtuel, nous lui avons trouvé un nom : une « maison de renaissance ».
Pour
expliquer et accompagner ce projet, nous avons donc décidé, au terme de
nos déambulations campagnardes, d’écrire un bref manifeste « pour la
renaissance du christianisme ». C’est chose faite, il est en librairie
dès le 29 septembre. Son titre : « Espérez ! Manifeste pour la renaissance du christianisme »,
centre bien la réflexion sur la vertu d’espérance, ignorée alors
qu’elle est essentielle, car en elle le christianisme se dit tout
entier. Dans ce livre où alternent nos deux voix, le contenu se déploie
en 7 piliers : « Choisir Jésus », « Redevenir nomades », « Affirmer la
dignité de l’être humain », « Laisser Dieu nous échapper », « Chérir la
liberté », « Faire face au mal », « Aimer l’avenir ». Là se trouve,
selon nous, l’essence du christianisme, son souffle profond,
l’enthousiasme qu’il peut communiquer.
Ce
texte n’est qu’un commencement. Au moment où je prends la plume, nous
appelons une centaine de personnalités chrétiennes à rejoindre notre
initiative et à bâtir cette « maison de renaissance ». Dans notre
esprit, cette opération est une marche à deux temps, un travail
intellectuel, nécessaire et public, de réflexions et de débat via un
site internet, puis une diffusion de ces acquis dans des lieux et par
des liens qui seront comme des oasis, des archipels de « maisons », des
sources et des ressources pour faire vivre et partager cette espérance
chrétienne et la mettre au service du plus grand nombre.
Voilà,
chers ami-e-s du Forum de l’évêque, où Christine et moi en sommes. Dans
les semaines proches, nous préciserons avec vous la manière dont nous
voudrions donner corps à cette initiative, presque encore dans les
limbes : avec qui, comment, à l’aide de quels services…. Et je vous
proposerai, bien sûr, un calendrier de rencontres.
Très cordialement, Anne